Tristessa

Tristessa

Ô, Éternité Dorée, comme je le sais, que la mort c’est ce qu’il y a de meilleur mais : « Non, je t’aime, ne meurs pas, ne me laisse pas… Je t’aime trop

 

  Un amour inhalé dans les pas de la brumeuse Tristessa, vestale éthérée. Une passion incomplète entre deux fix de belle Hélène, une adoration mortifère, destructrice, « séduire un ange en enfer, cela vous donne le droit de descendre avec lui encore plus bas, là où c’est pire, ou alors peut-être y aura-t‐il un peu de lumière, un tout petit peu, tout en bas ». Tristessa, vierge mexicaine au halo opiacé, « Madone triste et bleue et mutilée », déesse psychotrope injectée de misère et de douleurs.

Elle a des milliards de raisons de ne pas comprendre, des milliards de raisons qui nagent dans le flot laiteux de ses pensées enfouies dans sa souffrance

image-drole-pluie-2_thumbGoutte à goutte, les sentiments saignent, les mots hésitent, se diluent dans les effluves artificielles, dans la pluie incessante de Mexico. Les regrets jaillissent, piqûres mélancoliques nimbées de poudre blanche. « Je ne veux plus voir cette ville de Mexico où l’on patauge dans la pluie et les flaques, je ne me plains pas, ça m’est égal, tout ce qui m’intéresse c’est de rentrer me coucher, mourir ».« Elle ne s’est jamais affaiblie, la pluie fine qui n’avait brisé aucune sérénité — Je ne lui ai pas dit que je l’aimais mais quand j’ai quitté le Mexique j’ai commencé à penser à elle et j’ai commencé à le lui dire, dans des lettres, je le lui ai presque dit tout à fait, et elle a écrit aussi, de jolies lettres espagnoles, elle disait que j’étais gentil et qu’il fallait vite revenir, s’il te plaît — Je suis revenu en hâte mais c’était trop tard, j’aurais dû revenir au printemps, j’ai failli le faire mais je n’avais pas d’argent, je n’ai fait alors que frôler la frontière mexicaine, juste le temps de sentir l’atmosphère nauséeuse du Mexique — et j’ai continué jusqu’en Californie où j’ai vécu dans une hutte où venaient tous les jours des visiteurs dans le genre jeunes moines bouddhistes et je suis parti vers le Nord jusqu’à la Pointe de la Désolation et j’ai passé un été maussade dans des contrées sauvages, je mangeais seul, je dormais seul — je me disais : « Bientôt je retournerai vers l’étreinte tiède de Tristessa » — mais j’ai trop attendu ».

il avance péniblement sur les interminables rails de la vie, dans la brume et la tristesse

  Entre poésie et sentiments rapiécés, Tristessa nous invite dans une relation impossible entre Kerouac et lajack-kerouac-drunk prostituée Esperanza Villanueva. Dans un Mexique miséreux, souffreteux, les êtres erratiques survivent dans la religion ou le réconfort d’une cuillère chauffée à la bougie. « On tourne dans la ruelle puante où se trouve la pauvre maison de Tristessa, un bâtiment sans étage — On passe sous des robinets gui fuient, entre des seaux et des petits garçons en baissant la tête sous le linge qui sèche, on arrive devant une porte en fer ouverte, on entre dans la cuisine où la pluie traverse les planches du toit — ça dégouline dans un coin sur un tas de caca de poule — Miracle, voilà le petit chat rose qui pisse sur des piles de gombo et de grain — La chambre est entièrement dévastée, comme si des fous étaient passés par là, des journaux déchirés par les poulets qui ont picoré du riz et des bouts de sandwiches traînent sur le plancher ». Un roman fort, confus comme un désir inassouvi, comme un shoot interrompu.

elle croyait encore que nous allions unir nos corps torturés et effacer un peu de cette souffrance 

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