Strette et autres poèmes

Strette

 

 Tant de cendres à bénir. Tant de pays conquis par-dessus légers, si légers des anneaux d’âmes

   Tant de mots pour lutter contre la mort, le sort. La poésie de Celan ne subjugue pas, elle vitupère,elle obtempère, elle enjugue les êtres à la mémoire, toujours plus acérée et ténébreuse. « Ils creusaient et creusaient, ainsi s’en fut leur jour, leur nuit. Et ils ne louaient point Dieu, qui, entendaient-ils, voulait tout cela, qui, entendaient-ils, savait tout cela. Ils creusaient et n’entendaient plus rien, ils ne devenaient point sages, n’inventaient aucun chant, ne créaient aucune langue. Ils creusaient. » Elle émerge les cendres de la Shoah, précipite les Dieux au rang de mortels dans une déstructuration de la phrase, de la langue. Un cri déchirant, résonance d’une barbarie ancrée dans son âme.

shoah-672x372NOIRS,

comme blessure de mémoire, les yeux cherchent, jusqu’à toi cherchent dans le pays de la Couronne que les morsures du cœur éclairent .

  Celan a vécu l’horreur, la déportation, les camps de travail. Sa plume est devenue une arme de lutte, un flambeau dressé dans une nuit sans fin pour le peuple juif. « UNE ÉTOILE DE BOIS, bleue, cette forme de fins losanges. Aujourd’hui, de la plus jeune de nos mains (…) : Une étoile, mets-la, mets l’étoile dans la nuit. » Il n’aura de cesse de combattre les maux par la langue, se refusant d’écrire en français pour exhumer la douleur, pour atteindre les bourreaux de son peuple, de sa mère.

Ô l’un, ô nul, ô personne, ô toi :

où cela allait-il, puisque cela n’allait nulle part ?

Ô tu creuses et je creuse, et je me creuse jusqu’à toi,

et à notre doigt s’éveille l’anneau.

  paul-celanStrette et autres poèmes se prend comme un pèlerinage sur une route ardue où le lecteur trébucherait sur des vers infranchissables aux premiers abords, où chaque strophe serait une longue méditation ascensionnelle vers la vie. Celan écrit « le langage de la mort », des phrases coupantes, sombres d’où jaillissent les non-dits, les souffrances. Sur la terre du poète, le noir se fait oppressant, l’espoir se fait discret lointain. « SOLEILS-FILAMENTS en surplomb du noir-gris désert. Une pensée à hauteur d’arbre saisit le ton de lumière : il y a encore à chanter au-delà des hommes ».

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