Le printemps romain de Mrs Stone

Le printemps romain

 

Si la dérive ignore son but, elle sait du moins dans quel sens elle se dirige, et cette direction demeure souvent la seule indication que l’on ait de son but…

   Telle des tricoteuses impassibles, les aiguilles du temps tissent immuablement l’étoffe de la vie, enchâssées temps qui passedans leur écrin de verre leur babillement scande « la dérive implacable du temps ». Les premières rides enterrent les espoirs de la jeunesse, les illusions d’un désir d’une beauté qu’on voyait éternelle. « Le temps s’était dressé devant elle, l’impondérable temps, qui n’avait pas fait son chemin comme un ami, à ses côtés, mais était venu à sa rencontre, comme un ennemi, et qui, dans un fracas terrible, l’arrêtait en plein vol ». Tel un rapace ailes déployées, les serres de la cinquantaine étreignent Mrs Stone. Ancienne gloire hollywoodienne, elle a délaissé sa carrière pour voyager avec son mari, las la mort de ce dernier la laissera dans les tourments de la solitude et du crépuscule naissant. Installée à Rome, elle découvrira dans une chimérique passion pour le jeune Paolo, les fissures de l’âge et le désert de l’abandon.

Paolo lui-même, malgré sa faible perspicacité, avait compris que Mrs. Stone cachait en elle un sentiment de solitude, d’une ampleur et d’une gravité inhabituelles, dont un jeune aventurier, aussi peu encombré de scrupules que lui-même, pouvait tirer profit, tourner même à son avantage, s’il parvenait à faire sauter le petit mur de conventions derrière lequel elle se retranchait

 Le printemps romain de Mrs Stone est un mélodrame sur les ravages humains. Ravage du temps, ravage du cœur, du lit désespérément vide, des photos sépias d’une antique époque qui s’enfuit au fil des nuits. C’est le fossé de deux générations, de deux êtres que tout sépare, reflets des manquements de l’autre, des illusions perdues Tennessee Williams nous livre le portrait d’une femme en proie à l’angoisse, la découverte de son inéluctable déclin.

Vers la fin d’un après-midi de printemps, elle comprit soudain qu’une tempête avait bouleversé les rayons de sa mémoire et semé aux quatre coins, aux quatre vents, les noms et les visages qu’elle y avait alignés

  On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre Mrs Stone et Williams qui en cette année cinquanteTennessee Williams

date de la publication de cette œuvre va de déboire en déboire dans sa vie privée, cherchant un exutoire dans des rencontres de plus en plus improbables. A noter que José Quintero en tirera un film en 1961, Le visage du plaisir qui fut un retentissant échec malgré les apparitions de Vivien Leigh, Warren Beatty et l’excellente Lotte Lenya dans le rôle de la comtesse. Tennessee Williams nous montre avec Le printemps romain de Mrs Stone qu’il n’est pas qu’un auteur de pièce de théâtre.

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