Le tatouage et autres récits

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 Chaque instillation d’encre lui coûtait un effort infini ; chaque mouvement pour enfoncer et retirer l’aiguille lui arrachait un profond soupir, comme s’il perçait son propre cœur 

  comme un asservissement total. Chaque piqûre l’avilissait un peu plus, pantin sexuel aux desseins d’un dessin, esclave d’un désir, d’un vice inavouable. Des souffrances en guise de passe-temps, un amour toujours plus vil et douloureux, des relations séditieuses, masochistes où les femmes imposent leurs désirs, leur perversion. Entre Seikichi le peintre déchu et le narrateur soumis, la décadence affleure lentement, toujours plus cruelle, ironique et sadique. Tanizaki s’amuse là où ses contemporains moralisent, il distille, à l’instar de Seikichi le tatoueur, des incisions contre la société nippone.

  tat-012-largeEntre séduction et domination, les prémices de la future œuvre transpirent dans ces trois nouvelles écrites au début des années 1910. L’innocence et la beauté se muent en arme destructrice et les jeux d’enfants deviennent prétextes à une perversité machiavélique. Les personnages de Tanizaki abandonnent leur âme à de sombres destins, des passions interlopes, laissant jaillir des comportements humains abscons et sans tabous.

 Quand la pointe de ses aiguilles pénétrait les tissus, la plupart des hommes gémissaient de douleur, incapables d’endurer plus longtemps le martyre des chairs tuméfiées, cramoisies, gorgées de sang ; et plus déchirantes étaient les plaintes, plus vives était l’indicible jouissance qu’étrangement il éprouvait

  tatouage-filmOn se délecte de l’écriture, oubliant parfois qu’il s’agit d’une traduction et l’on s’émerveille devant le travail de l’artiste. « C’était à qui serait le plus beau. Tous en venaient à se faire instiller l’encre du tatouage dans ce corps qui pourtant est un don du ciel ; et somptueuses, voire puissamment odoriférantes, lignes et couleurs dansaient alors sur la peau des gens ». Entrer dans le monde de Tanizaki, c’est pénétrer un univers étrange, faire ses premiers pas dans un lupanar littéraire où l’abandon de soi accoucherait de désirs les plus sournois, où l’être n’est jamais innocent.

La nouvelle Le tatouage, ainsi que Le meurtre d’O-Tsuya ont servi de base pour le film Tatouage du maître Yasuzo Masumura en 1966, avec l’excellente interprétation de Ayako Wakao.

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