Le porteur d’histoire

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Notre identité, notre passé, tout ce qui nous définit n’est qu’un récit. Tout notre passé est une fiction 

  Chacun de nous porte une histoire. Son histoire. Faite de faux pas, de plaies, de déchirures, de rêves brisés, de bonheurs inaperçus, de joies fugaces. Qui n’a pas songé une seule fois enterrer sa vie pour tout recommencer, pour commencer à vivre, suivre un autre chemin, son chemin. Mettre ses pas à la lisière de ses espérances, de ses envies. Abandonner une routine implacable et harassante, une banalité loin de ses visions d’enfance ou d’adolescence, disparaître sous une nuit de pluie pour naître dans un berceau de soleil, écrire une nouvelle histoire, une nouvelle page.  Et c’est sous une pluie battante que tout va changer pour Martin Martin, perdu dans sa vie, perdu sur la route, tout s’effrite inéluctablement. Condamné à errer, dipsomane de la nullité, la mort de son père , loin de le déchirer va lui donner un but.Afficher l'image d'origine Lâché des êtres humains, il trouvera une entéléchie, une ultime quête dans un amas de carnets manuscrits. Chaque nouvelle page le transportera dans une autre époque, sur les traces d’une légende, d’un trésor perdu. Dans sa recherche, il entraînera Alia et sa fille Jeanne dans une fiction improbable, aux confins du passé et du présent.

  Christophe Gaultier adapte en roman graphique une pièce de théâtre d’Alexis Michalik, son dessin se met au service d’un texte fort, d’une aventure sur fond de révélation. Une mise en page classique qui permet de voyager allègrement d’une période à une autre, d’une scène de théâtre à une autre sans heurts. Un regret néanmoins la rapidité avec laquelle on arrive à la fin de cette histoire, le temps de se plonger dans l’Histoire que c’est déjà du passé, « des mots, du vent, de l’air en vibration (…) rien du tout ».

  Merci à Babelio et aux éditions Les arènes BD pour cette découverte dans le cadre de la masse critique bd. 

Chat sauvage en chute libre

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Cesse de courir. Pourquoi es-tu si pressé ? Tu n’as nulle part où aller de toute façon. Contente toi de marcher. Pas vers un lieu précis, n’importe où

  Ta vie semble tracée, jouée d’avance. Tel le boomerang tu ne peux revenir que là d’où tu viens. « L’espoir est l’illusion des tocards », le privilège des blancs dans cette Australie raciste des années 60. Tu es né métis, ni blanc, ni noongar, rien ; voyageur solitaire d’un train sans destination. « On m’avait placé un ticket dans la main le jour de ma naissance avec une destination précise, mais que, eh bien, le temps avait passé, l’encre s’était effacée, et aucun contrôleur ne s’était encore présenté pour éclaircir l’affaire ». Jugé avant de naître, condamné à sa naissance, être jeune aborigène ou métis c’est voir les portes de l’avenir se refermer à chacun de ses pas, c’est se rapprocher de l’isolement, de la prison.

 Un peu plus froid, un peu plus mature, je me suis senti appartenir plus intimement à la prison, à son atmosphère, à ce nuage grisâtre qui l’enveloppe 

   Absurdité de la vie, rejet de la terre matricielle, oubli des origines, le narrateur se cherchemudrooroo-1 dans l’inéluctabilité de ses actes, tel un Meursault aborigène sans cesse révolté. « Je sens cette vieille haine remonter en moi, comme un feu attisé par le vent ». Mudrooroo nous plonge dans ce monde au fatum insane, dans ces années soixante qui ne reconnaissaient pas la citoyenneté aux Aborigènes. Chat sauvage en chute libre n’offre guère d’optimisme, la fin ne peut être autrement.

C’était tout simplement la vie telle quelle m’apparaissait dont je ne voulais pas, et dont j’avais décidé qu’elle était futile et absurde.

 songlines Entre révolte et abnégation, entre passé rejeté et exclusion du présent, entre destruction d’une identité et oubli, l’auteur délivre un portrait noir et cinglant des adolescents métis ou aborigènes. Premier roman aborigène, Chat sauvage en chute libre interpelle, ne vous lâche pas. Les chapitres oscillent entre passé et présent, entre jazz et songlines, entre fatalité et résignation. Pas d’avenir, pas de présent, plus de passé, reste alors la contemplation et la finitude, la langueur et l’errance, à s’asseoir et attendre. « Je m’assieds sur le sol, un verre de vin à la main, la longue tristesse blanche d’une cigarette dans l’autre ».

Merci à Libfly et aux éditions Asphalte pour cette lecture dans le cadre de la Voie des Indés de décembre 2016.