Twelve bar blues

Twelve bar blues

 

  La vie possède parfois l’âpreté d’un vieux blues enfanté dans les limbes de l’ivresse. Des accords sombres, élégiaques, des mots imbriaques qui obombrent les sens, trompent les êtres, remplissent les lits, vident les cœurs. Des notes noires de non-dits, de tourments agités, des blanches envoûtantes, écrasantes de fatalité. Des mesures, des trames incohérentes aux abords qui s’enchaînent inexorablement au rythme du twelve bar blues de Lech Holden et de l’Afrique exilée.

on chante quand on est heureux, et on chante quand on est triste, pa’c’que c’est tout ce qu’on sait faire, nous aut’ pauv’ nègres

  Douze tempos incessants rythmés par la quête musicale de Fortis et de Sylvia dans une Nouvelle-Orléans qui résonne de violence et de racisme, où blanc et noir ne s’accordent guère que dans les partitions des lupanars. Des mesures toniques scandées par des protagonistes perdus dans les abîmes de leur passé, de leurs racines oubliées. Des êtres apatrides, sans nom ; Sylvie Di Napoli la prostituée rejetée par ses parents pour sa peau exotique, Bunmi Durowoju l’archéologue qui a banni son nom. Des harmonies sous-dominantes, injectées d’alcool, d’impécuniosité et d’abandon ; résonnant aux sons de la mort et de l’amitié sur les pas des légendes du jazz. Des destins précaires, vacillants dans les fumées hallucinogènes chamaniques d’un peuple africain imaginaire père de toutes les mythes. Des rythmes forts guidés par l’amour, la musique, l’histoire, portés par le cornet de Lech. Douze mesures, douze tableaux, douze ambiances d’une saga musicale noire.

Parce que n’importe quel nègre sensé vous dira qu’il ne connaît rien au passé et qu’il ne peut pas faire de projet d’avenir

  Patrick Neate déstructure l’épopée, réinvente l’histoire pour livrer un conte sur la quête identitaire et les racines du blues et des afro-américains. Un roman rugueux, déroutant par ses éternelles variations chronologiques et temporelles qui nous mènent dans l’Amérique du début du vingtième siècle, celle des mégapoles interlopes et de l’émancipation, celles de la mort et des vices. Entre humour et leçon d’histoire, Patrick Neate se complaît à désorienter son lecteur au risque de le perdre.

Merci à libfly et aux éditions intervalles pour cette lecture.

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