La ligne noire des bisons

 

 

​    Les Indiens ne sont ni bons, ni mauvais. Seulement des êtres dont les cultures diversifiées et complexes guident les actes. 

 

  En 1789, John Tanner n’est encore qu’un enfant désirant jouer loin des tracas et du travail forcené des jeunes colons américains, ignorant encore la complexité des êtres. A l’orée de sa neuvième année, une bande de Shawnee transformera sa vie et sa vision des choses. Enlevé, puis vendu comme fils adoptif à une vieille Ojibwa, il passera son enfance entre rejet des uns et des autres, apprentissage, quête de survie et résilience. Dans ce monde roide et hostile, famine et abondance, opulence et indigence se succèdent au rythme des hivers canadiens et des affrontements tribaux où des livraisons de pelleteries aux factoreries. L’enfant se consume pour laisser sa place au chasseur, au guerrier. L’innocence s’éteint dans les querelles de fourrures, les combats d’ivrognes, les jalousies de clans. La solitude, la quête de nourriture, l’endettement endémique, la mort jalonnent les saisons loin des préoccupations des blancs et de leurs rêves de gloire et de fortunes. Américains et canadiens se battent pour des chimères, Hudson et Nord-Ouest se font la guerre, Tecumseh livre une bataille éphémère mais la situation reste amère. Entre traité de Gand et massacre de Seven Oaks, John Tanner relate la vie quotidienne d’un Blanc proscrit, des indiens malmenés et endigués entre alcoolisme et endettement. Si le vent de la liberté semble pousser ses mocassins, le mercantilisme européen l’enchaîne à un combat perdu d’avance et l’on voit poindre la finitude de ces peuples dans l’échec des visions du prophète shawnee Tenskwatawa. Lassé, Tanner voudra dès 1817 retourner auprès des Blancs et se bornera à vouloir récupérer ses deux filles détenues par le clan de sa belle-famille.

 

 

(…) j’aurais pu à chaque instant fuir les Indiens, mais je croyais mon père massacré avec toute ma famille, et je savais quelle vie de travail et de privations m’attendait chez les Blancs; sans amis, sans argent, sans propriété, réduit à toutes les misères d’une indigence extrême, je voyais chez les Indiens, tous ceux que l’âge ou la faiblesse empêchait de chasser sûrs de trouver des secours(…).

 

  La ligne noire des bisons fait parti de ses multiples témoignages qui germeront durant les conflits avec les amérindiens. Tanner ne dresse pas un portrait idyllique du bon sauvage, il met juste en exergue la dureté de la vie dans ces territoires froids et inhospitaliers, la complexité de l’être humain qu’il soit blanc, métis, Ojibwa ou Bwoinug (Oglalas).

Leur stérile et inhospitalière contrée leur fournit si parcimonieusement les moyens de subsistance qu’il leur faut la plus grande activité pour soutenir seulement leur vie, et il arrive souvent que les hommes les plus robustes et les plus habiles chasseurs finissent par mourir de faim. 

 


Dans l’ombre des bisons et des compagnies de fourrures,  la vie s’écoule, le whisky empoisonne les âmes et les avenirs des uns et des autres se dessinent rapidement. Un récit épique où Tanner tente de raconter la vie, passant juste sous silence le conflit qui l’opposa à sa première épouse et occultant une bonne partie de ses sombres années  à Michimackinac et SaultSainte-Marie seuls points noirs de cette histoire écrite et publiée du vivant de Tanner. Ce dernier finira tiraillé entre deux cultures, deux mondes inconnus l’un de l’autre.

Merci à Libfly et aux éditions Le passager clandestin pour cette errance en pays ojibwa dans le cadre de la voie des Indés d’avril 2017.

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