La chute de Geronimo

la chute

 

Autrefois j’allais comme le vent. Maintenant je me rends, c’est tout. 

 

  La haine issue de la souffrance l’intronisa au rang de guerrier le jour de la Saint-Jérôme. « Celui-qui-bâille » devint le légendaire Geronimo à la bataille d’Arispe. Un an plutôt à Janos, les Mexicains taillaient à l’épée le destin de l’emblématique Chiricahua, massacrant sa mère, sa femme et ses trois enfants. L’histoire allait élever cet homme au rang de résistant, de chef apache. « Je n’étais pas un chef et ne l’avais jamais été mais parce que j’étais celui qui avait le plus souffert, on me conféra cet honneur et je résolus de me montrer digne de leur confiance. » Opportuniste, le temps et les fuites de Geronimo traversèrent les générations, l’emmenant au rang d’icône de la résistance amérindiennes.

le tigre apacheLe tigre humain immortalisait par Wittick en 1887 ne fut guère apprécié de ses contemporains comme le laisse sous-entendre ses mémoires. C’ « était (…) un vieil emmerdeur. C’était un shaman. Il était trouillard comme un coyote (…) ».

   Samuel E. Kenoi et Morris Opler descendent le vieil apache de son immaculé piédestal. De son refus constant de s’installer sur la réserve de San Carlos à ses défilades au cœur du désert, failles et faiblesses sont mises en avant dans ce court ouvrage. Certes, on peut remettre en cause l’impartialité de Kenoi. « J’en sais beaucoup sur lui (Geronimo). Je sais que lui et d’autres dans son genre sont responsables de la mort de ma mère et de pas mal de membres de ma famille qui ont été trimbalés partout en tant que prisonniers de guerre. En tout cas, je sais que nous n’aurions pas tous ces problèmes s’il n’y avait pas eu des types comme lui ». Mais il s’efforce avant tout de réagir dans l’intérêt de la tribu, dans un contexte historique mouvementé et conflictuel qui perturbe tout un système ancestral dont les réserves sonnent le glas.

   Merci à Libfly et aux éditions Anacharsis pour cette lecture dans le cadre de la Voie des Indés de mars.

Humeur

 

 » Crazy Horse
Nous entendons ce que tu dis :
Une Terre, une Mère
On ne peut vendre la terre
Sur laquelle nous marchons
Nous sommes la Terre.
Comment pourrions-nous vendre notre mère ?
Comment pourrions-nous vendre les étoiles ?
Comment pourrions-nous vendre l’air ?
Crazy Horse
Nous entendons ce que tu dis
Trop de gens
Défendent leur sol
En se prétendant faussement en être les propriétaires
Avec leurs visages de prédateurs ils ne possèdent qu’une course sans fin,
Une guerre qui ne s’arrête pas
Les enfants de Dieu se nourrissent sur les enfants de la Terre
Les enfants d’aujourd’hui ne se soucient plus les uns des autres
Ces jours présents sont les plus durs
Champs matériels, récoltes matérialistes
Décorations sur des chaînes qui asservissent
Il n’y a plus d’esprit, plus de liens sensés, seulement des miroirs dorés
Crazy Horse
Nous entendons ce que tu dis
Une Terre, une Mère
On ne peut vendre la terre
Sur laquelle nous marchons
Nous sommes la Terre
Aujourd’hui, c’est pour nous l’instant présent…
La fumée de nos rêves touchera les nuages
Un jour, quand la mort ne voudra plus dire mourir.
Le Temps de ce monde réel nous trompe en faisant mentir les ombres
Malgré une perception incompatible entre les blancs et les rouges,
Les prédateurs tentent toujours de nous civiliser
Mais les tribus ne disparaîtront jamais
Elles ressurgiront génétiquement de l’autre côté de la Lumière
Comme un chant en chœur avec tous nos cœurs en offrande
Alors les jours sauvages, les jours de la gloire de vivre renaîtront.
Crazy Horse
Nous entendons ce que tu dis
Nous sommes la septième génération
Nous sommes la septième génération « 

L’hiver du fer sacré

l'hiver du fer sacré

 

Chaque saison avait son propre visage, ses propres peines et ses propres plaisirs

  L’hiver du fer sacré possède l’essence d’une hiérochloé qu’on effleure lentement de la paume.Hiérochloé odorant, Herbe aux bisons Des effluves qui éveillent en nous de lointaines crécelles, des voix oubliées issues d’une terre éloignée. Effeuiller ses pages nous fait perdre quelques instants les valeurs matérielles du monde moderne, il faut s’abandonner dans cet hiver naissant, frissonner sous les nuages chargés de neige.

  1740, une plaie s’insuffle dans les divines Black Hills. Ce n’est point encore la pustule insultante du mont Rushmore, ni même l’ombre de Wakinyan. C’est une blessure plus sournoise, une gangrène mystérieuse. Le fer sacré. « (…) Un fer sacré n’est pas une chose ordinaire, comme un couteau ou une chemise.(…) Un fer sacré est une chose puissante. C’est un pouvoir ». C’est une lutte entre le rouge et le noir.

Rouge, la route de l’honnêteté du guerrier, celui qui protège les Lakotas. Noir le sentier du fer sacré, cette arme qui transforme les êtres, brûle les cœurs. Au bout de ces deux voies la mort et la mue. « Nous ne pouvons pas combattre la mort, nous pouvons seulement lutter pour la vie ».

nous devons nous souvenir que la mort n’est qu’une partie de la vie. Toutes les culpabilisations du monde ne pourront jamais changer cela.

  L’hiver du fer sacré c’est la route de l’humilité, une poursuite en forme de fuite, une chasse contre un avenir incertain et sombre. C’est une chevauchée au cœur des grandes plaines vierges, des traditions ancestrales et de la mémoire. La piste de la sagesse et de la justice qui ne se révèle à ceux qui écoute les mots de Joseph Marshall III. Une course contre l’invasion fielleuse, le mensonge. « Ce que l’on peut voir avec les yeux révèle seulement une partie de la vérité. Afin de connaître la vérité tout entière, on doit aussi voir avec son cœur et avec son esprit ».

  Hiver 1740, Whirlwind et Bruneaux vont se traquer entre sauvagerie et réflexion au rythme de la nature. Un combat entre l’amérindien et le blanc, entre sagesse et folie. Une lutte chimérique contre le temps et l’histoire. Une époque où l’homme blanc et son fusil ne sont encore qu’une silhouette menaçante mais dont l’ombre envahit peu à peu le peuple lakota. «  Le problème que pose le fer sacré parmi nous, au sein de notre peuple est loin d’être terminé. Mais un jour viendra où il faudra le régler. Peut-être pas aujourd’hui. Mais il faudra le résoudre, tôt ou tard ».

  Joseph Marshall IIIL’hiver du fer sacré chante une époque révolue, un monde symbiotique et pose les questions sur les qualités humaines et le matérialisme. Joseph Marshall III invite son lecteur à regarder la conquête de l’Ouest sous un autre œil, sans poser de jugement. Il le mène lentement sur la voie rouge.